Programme › Tome 3 › Leçon 1
Le passif : quand l'acteur s'efface
كُتِبَ، يُكْتَبُ — comprendre « il a été écrit », « il est créé »
🎯 À la fin de cette leçon, vous saurez :
- Reconnaître un verbe au passif au passé : كُتِبَ، خُلِقَ
- Reconnaître un verbe au passif au présent : يُكْتَبُ، يُعْرَفُ
- Transformer une phrase active en phrase passive
- Identifier le نَائِب الْفَاعِل (substitut du sujet) et son cas marfûʿ
- Lire et comprendre كُتِبَ عَلَيْكُمُ الصِّيَامُ (Coran 2:183)
Bienvenue dans le Tome 3, le palier de la maîtrise ! Vous avez parcouru un chemin remarquable : vous conjuguez au passé, au présent, au futur, vous connaissez les formes dérivées, كَانَ et إِنَّ… Il est temps d'ouvrir une porte que le Coran franchit très souvent : le passif, que la grammaire arabe appelle الْمَبْنِي لِلْمَجْهُول, « le construit pour l'inconnu ».
En français, nous disons « le livre a été écrit » sans préciser qui l'a écrit. L'arabe fait exactement pareil, avec une élégance étonnante : il suffit de changer les voyelles du verbe, sans rien ajouter ! À la fin de cette leçon, vous comprendrez de l'intérieur le célèbre verset du jeûne : كُتِبَ عَلَيْكُمُ الصِّيَامُ.
Actif ou passif : deux points de vue sur la même action
Comparez ces deux phrases :
- كَتَبَ الرَّجُلُ الدَّرْسَ. — L'homme a écrit la leçon. (actif : on sait QUI agit)
- كُتِبَ الدَّرْسُ. — La leçon a été écrite. (passif : l'acteur n'est pas mentionné)
Au passif, celui qui fait l'action (le فَاعِل) disparaît — soit parce qu'on l'ignore, soit parce qu'il est évident, soit pour mettre en valeur l'action elle-même. L'ancien complément d'objet prend alors la place du sujet : on l'appelle نَائِبُ الْفَاعِلِ, « le substitut du sujet », et il porte la marque du cas sujet (ḍamma) : الدَّرْسُ.
Le passif au passé : le moule فُعِلَ
Pour mettre un verbe du passé au passif, on ne touche pas aux lettres : on change seulement les voyelles, selon le moule فُعِلَ :
- ḍamma (ـُ) sur la première lettre,
- kasra (ـِ) sur l'avant-dernière.
C'est tout ! Écoutez la musique du passif : « ou-i » — kutiba, khuliqa, futiḥa…
Le passif au présent : le moule يُفْعَلُ
Au présent, la mélodie change : le moule est يُفْعَلُ :
- ḍamma (ـُ) sur le préfixe (يُـ، تُـ، أُ، نُـ),
- fatḥa (ـَ) sur l'avant-dernière lettre.
Comparez bien : actif يَكْتُبُ (yaktubu, il écrit) / passif يُكْتَبُ (yuktabu, il est écrit). Seules deux petites voyelles changent — d'où l'importance de la vocalisation, que le Coran conserve précieusement !
Le verset du jeûne : un passif au cœur du Ramadan
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا كُتِبَ عَلَيْكُمُ الصِّيَامُ كَمَا كُتِبَ عَلَى الَّذِينَ مِنْ قَبْلِكُمْ لَعَلَّكُمْ تَتَّقُونَ« « Ô vous qui avez cru ! Le jeûne vous a été prescrit, comme il a été prescrit à ceux d'avant vous, afin que vous atteigniez la piété. » »
Coran, sourate Al-Baqara (2), verset 183
Deux pièges à éviter :
- Le نَائِب الْفَاعِل est marfûʿ (ḍamma), jamais manṣûb : on dit فُتِحَ الْبَابُ et non فُتِحَ الْبَابَ. En passant au passif, l'ancien complément « monte en grade » !
- Ne confondez pas كَتَبَ (kataba, actif) et كُتِبَ (kutiba, passif) : mêmes lettres, sens différent. Sans les harakat, seul le contexte tranche — voilà pourquoi nous vocalisons tout, et pourquoi le Coran l'est aussi.
La chanson du passif : retenez « OU-I au passé, OU-A au présent ».
- Passé : فُعِلَ → kutiba (ou-i)
- Présent : يُفْعَلُ → yuktabu (ou-a)
Et pour le sens : « au passif, le coupable a filé » — on ne sait pas qui a agi, d'où le nom arabe الْمَبْنِي لِلْمَجْهُول, « construit pour l'inconnu ».
Les paires actif / passif à connaître
| كُتِبَ | il a été écrit, prescrit | |||
| يُكْتَبُ | il est écrit | |||
| خُلِقَ | il a été créé | |||
| يُخْلَقُ | il est créé | |||
| فُتِحَ | il a été ouvert | |||
| يُفْتَحُ | il est ouvert | |||
| قُرِئَ | il a été lu / récité | |||
| سُمِعَ | il a été entendu | |||
| ذُكِرَ | il a été mentionné | |||
| يُعْرَفُ | il est connu | |||
| نَائِبُ الْفَاعِلِ | le substitut du sujet (dans la phrase passive) | |||
| الْمَبْنِي لِلْمَجْهُول | le passif (litt. « construit pour l'inconnu ») |
📝 Récapitulatif
Ce que vous maîtrisez désormais :
- Passé passif : moule فُعِلَ (ḍamma puis kasra) — كُتِبَ، خُلِقَ، فُتِحَ
- Présent passif : moule يُفْعَلُ (ḍamma sur le préfixe, fatḥa avant la fin) — يُكْتَبُ، يُعْرَفُ
- Transformation : le complément devient نَائِب الْفَاعِل et prend la ḍamma
- Lecture directe de كُتِبَ عَلَيْكُمُ الصِّيَامُ (2:183) et خُلِقَ الْإِنْسَانُ ضَعِيفًا (4:28)
Place aux exercices : chaque réponse sera expliquée, comme toujours. Vous êtes au Tome 3 — savourez le chemin parcouru !
🎮 À vous de jouer !
Place à la pratique. Rappelez-vous : chaque réponse — bonne ou mauvaise — vous sera expliquée. C'est notre contrat de confiance.
Voyez la structure : كُتِبَ عَلَيْكُمُ الصِّيَامُ. Le verbe كُتِبَ est au passif (« il a été écrit », c'est-à-dire prescrit, rendu obligatoire), et الصِّيَامُ (le jeûne) est le نَائِب الْفَاعِل, marqué par la ḍamma. Qui a prescrit ? Allah — le passif exprime ici la majesté : l'ordre vient d'en haut, nul besoin de le préciser. De même, خُلِقَ الْإِنْسَانُ ضَعِيفًا (Coran 4:28) : « l'être humain a été créé faible ».