Programme › Tome 1 › Leçon 15
Le duel : parler de deux choses
La terminaison ـانِ et les démonstratifs هَذَانِ / هَاتَانِ
🎯 À la fin de cette leçon, vous saurez :
- Former le duel d'un nom avec la terminaison ـانِ : كِتَابَانِ (deux livres)
- Former le duel des noms féminins en ة : سَيَّارَتَانِ (deux voitures)
- Désigner deux choses proches : هَذَانِ (masculin) et هَاتَانِ (féminin)
- Reconnaître la forme ـيْنِ après une préposition ou dans une annexion
- Nommer les paires du corps : يَدَانِ (deux mains), عَيْنَانِ (deux yeux)
Vous savez parler d'une chose (كِتَابٌ) et, depuis la leçon 13, de plusieurs choses (كُتُبٌ). Mais l'arabe possède un trésor que le français a perdu : une forme spéciale pour parler de deux choses exactement. On l'appelle le duel, الْمُثَنَّى.
La bonne nouvelle ? C'est d'une régularité parfaite : une seule terminaison à apprendre, ـانِ, et elle fonctionne pour presque tous les noms. Deux mains, deux yeux, deux livres, deux musulmans… À la fin de cette leçon, tout cela n'aura plus de secret pour vous.
Deux livres sur le bureau
Yûsuf rend visite à ʿUmar et remarque des objets qui vont par deux.
Former le duel : la terminaison ـانِ
Pour dire « deux… », l'arabe n'a pas besoin du mot « deux » ! Il suffit d'ajouter la terminaison ـانِ (-āni) à la fin du nom. Le tanwīn du singulier disparaît :
- كِتَابٌ (un livre) → كِتَابَانِ (deux livres)
- مُسْلِمٌ (un musulman) → مُسْلِمَانِ (deux musulmans)
- بَيْتٌ (une maison) → بَيْتَانِ (deux maisons)
Une seule terminaison, aucune exception à mémoriser : le duel est l'ami du débutant.
Le duel des noms féminins : ة devient تَ
Pour les noms féminins qui se terminent par ة (tāʾ marbūṭa, leçon 5), une petite transformation : la ة s'ouvre et devient تَ, puis on ajoute ـانِ :
- سَيَّارَةٌ (une voiture) → سَيَّارَتَانِ (deux voitures)
- مُسْلِمَةٌ (une musulmane) → مُسْلِمَتَانِ (deux musulmanes)
- مَدْرَسَةٌ (une école) → مَدْرَسَتَانِ (deux écoles)
Retenez l'image : la tāʾ marbūṭa (« t nouée ») se dénoue quand on lui accroche la terminaison du duel.
Désigner deux choses proches : هَذَانِ et هَاتَانِ
Vous connaissez هَذَا (masculin) et هَذِهِ (féminin) pour désigner UNE chose proche. Pour DEUX choses proches, ils prennent eux aussi la terminaison du duel :
- هَذَانِ = « ces deux-ci » (masculin) : هَذَانِ رَجُلَانِ — voici deux hommes
- هَاتَانِ = « ces deux-ci » (féminin) : هَاتَانِ امْرَأَتَانِ — voici deux femmes
Écoutez la musique de la phrase au duel : هَذَانِ كِتَابَانِ — les deux mots riment en « -āni ». Cette rime est votre meilleure alliée : au duel, tout s'accorde et tout chante ensemble.
Le corps humain : des paires partout !
| يَدٌ | une main (fém.) | pl. يَدَانِ (deux mains) | ||
| عَيْنٌ | un œil (fém.) | pl. عَيْنَانِ (deux yeux) | ||
| أُذُنٌ | une oreille (fém.) | pl. أُذُنَانِ (deux oreilles) | ||
| رِجْلٌ | une jambe, un pied (fém.) | pl. رِجْلَانِ (deux jambes) | ||
| كِتَابَانِ | deux livres (masc.) | |||
| قَلَمَانِ | deux stylos (masc.) | |||
| بَيْتَانِ | deux maisons (masc.) | |||
| مُسْلِمَانِ | deux musulmans (masc.) | |||
| سَيَّارَتَانِ | deux voitures (fém.) | |||
| مَدْرَسَتَانِ | deux écoles (fém.) |
Petite subtilité du corps humain : les parties du corps qui vont par deux (يَدٌ la main, عَيْنٌ l'œil, أُذُنٌ l'oreille, رِجْلٌ la jambe) sont féminines en arabe, même sans tāʾ marbūṭa. On dit donc هَاتَانِ يَدَانِ (voici deux mains) avec هَاتَانِ, et non هَذَانِ. Ne vous inquiétez pas si cela demande un temps d'adaptation : c'est une des rares choses à retenir par cœur, et les exercices vont vous y aider.
En douceur : la forme ـيْنِ après une préposition ou dans une annexion
Vous vous souvenez (leçon 4) : après une préposition comme فِي ou عَلَى, le nom change sa fin (il devient majrūr). Le duel aussi change de costume dans ce cas : ـانِ devient ـيْنِ (-ayni) :
- بَيْتَانِ → فِي الْبَيْتَيْنِ (dans les deux maisons)
- مَسْجِدَانِ → إِلَى الْمَسْجِدَيْنِ (vers les deux mosquées)
- Et dans une annexion (leçon 8) : كِتَابُ الْمُدَرِّسَيْنِ (le livre des deux professeurs)
Rassurez-vous : pour l'instant, on vous demande seulement de reconnaître cette forme quand vous la croisez. Vous n'avez pas besoin de la produire vous-même : cela viendra tout seul, avec l'habitude.
Pour retenir le duel : pensez au mot « ânes » ! Deux ânes qui marchent ensemble : kitāb-ÂNI, qalam-ÂNI, bayt-ÂNI… La terminaison ـانِ se prononce « -âni ». Et pour هَذَانِ / هَاتَانِ : le ذ de هَذَانِ est celui de هَذَا (masculin), le ت de هَاتَانِ rappelle la tāʾ marbūṭa du féminin. Le masculin garde son ذ, le féminin gagne un ت !
Le duel dans le Coran
فَبِأَيِّ آلَاءِ رَبِّكُمَا تُكَذِّبَانِ« « Lequel donc des bienfaits de votre Seigneur nierez-vous tous les deux ? » »
Coran, sourate Ar-Raḥmān (55), verset 13
📝 Récapitulatif
Ce que vous savez désormais faire :
- Former le duel : nom + ـانِ → كِتَابَانِ (deux livres)
- Au féminin, la ة devient تَ : سَيَّارَتَانِ (deux voitures)
- Désigner deux choses proches : هَذَانِ (masc.) / هَاتَانِ (fém.)
- Reconnaître la forme ـيْنِ après préposition et dans l'annexion : فِي الْبَيْتَيْنِ
- Les paires du corps : يَدَانِ، عَيْنَانِ، أُذُنَانِ، رِجْلَانِ — toutes féminines !
Place aux exercices : le duel est si régulier que vous allez très vite le maîtriser. Allez-y en confiance !
🎮 À vous de jouer !
Place à la pratique. Rappelez-vous : chaque réponse — bonne ou mauvaise — vous sera expliquée. C'est notre contrat de confiance.
Ce verset, répété 31 fois dans la sourate Ar-Raḥmān, s'adresse à deux interlocuteurs : les humains et les djinns. Écoutez la fin du verset : تُكَذِّبَانِ — vous reconnaissez le son « -āni » du duel ! Même les verbes prennent cette marque quand on parle à deux. La sourate entière chante sur cette rime du duel : une merveille à écouter maintenant que votre oreille sait la reconnaître.